Man Ray et la mode – exposition au Musée du Luxembourg

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En cette rentrée, l’exposition événement « Man Ray et la mode » proposée par le Musée du Luxembourg s’était imposée parmi les sujets « Culture » à traiter sur ce blog. Le reconfinement est passé par là, et bien sûr, les visites sont désormais suspendues. Alors que la réouverture pointe, le 15 décembre, on vous donne un avant-goût !

Autoportrait, 1932
Aux origines de la photographie de mode…

Emmanuel Radnitzky naît en 1890 à Philadelphie. Il devient Man Ray en adoptant le nouveau nom de son père, « Ray », et un diminutif en guise de prénom. Etudiant le dessin, il rencontre Marcel Duchamp et accède aux dadaïstes new yorkais. Après des expositions infructueuses, il part à Paris, se rapproche des surréalistes et laisse de côté la peinture. Mis en relation avec le couturier Paul Poiret, il est encouragé par ce dernier à travailler comme photographe de mode ; les revues spécialisées sont en plein essor. Man Ray a besoin de ressources : il se lance dans le portrait, convaincu que la technique viendra à force de pratique. Les années folles battent leur plein. Paris a une vie mondaine riche et cosmopolite. Une solide communauté américaine en est l’un des fers de lance. Femmes du monde et riches étrangères sont ses premiers modèles.

Bal au Château de Noailles, c. 1929

Il fait ensuite poser ses compagnes (Kiki de Montparnasse, Lee Miller…) pour s’éloigner des cadres du portrait, libérer ses créations et évoluer vers plus de sensualité. De 1924 à 1928, il réalise portraits et reportages pour Vogue. Man Ray est bientôt sollicité par la presse qui mise sur son appartenance au surréalisme et sur la teinte de scandale et de provocation dans ses œuvres. De 1934 à 1939, c’est l’apogée : employé comme collaborateur permanent par le magazine Harper’s Bazaar, il déploie son style libre et sophistiqué, équilibrant classicisme et érotisme.

… autodidacte, audacieux et expérimentateur

La contribution de Man Ray à la photographie de mode a été soutenue à la fois par l’énergie de la vie mondaine et les mutations des années 1920. La silhouette féminine évolue : au début de la décennie, les robes sont droites, souples, colorées et brillantes ; dans les années 1930, elles s’ajustent et s’allongent.

D’autre part, la mode devient un phénomène de masse, contexte propice à la disparition du dessin de mode au profit de la photographie. Les couturiers sont hissés au rang de personnalités et participent à dynamiser la création artistique. Dans ce contexte, la photographie de mode devient une discipline à part entière. Man Ray ose, innove et affûte sa technique. Recadrage, décalage, déformation, plongée, mouvements, colorisation, ombre et lumière, solarisation… Il explore toutes les possibilités de la photographie moderne. A la clé : des images à la réelle dimension artistique. Cette audace a sans nul doute porté son succès.

L’exposition : voyage au cœur d’un univers méconnu de l’œuvre de Man Ray

« Man Ray et la mode » démarre sans fioritures : une brève introduction, quelques définitions et illustrations de techniques et types de tirages et nous voici plongés dans le vif du sujet. Le parcours, chronologique, se décline en trois grands espaces. Le premier raconte la transition de Man Ray du portrait à la photographie de mode, le second illustre la diffusion de la mode et la croissance de la publicité et le dernier se concentre sur les années Harper’s Bazaar. Au travers du vaste éventail de photographies exposées, c’est bien un moment-charnière pour la mode qui se déroule sous nos yeux. La haute couture naît sous les doigts de Poiret, Chanel, Schiaparelli, Lanvin… On assiste au glissement de la mode du cercle des mondanités au quotidien, au travers de nombreux magazines et de publicités de l’entre-deux guerres. Des exemples des rubriques mondaines, où les femmes en vue présentent des modèles, dissèquent les tendances et dispensent leurs conseils, sont présentés. Plusieurs robes jalonnent le circuit et montrent l’évolution des coupes dans la décennie 1920-1930.

Parmi les œuvres emblématiques exposées, on ne manquera pas « Noire et Blanche » où les traits de Kiki de Montparnasse répondent à ceux d’un masque Baoulé et « Les Larmes », iconique image centrée sur les yeux d’une femme, ses cils recourbés et ses larmes brillantes, comme des perles – un cliché à vocation publicitaire, pour un mascara. De salle en salle, entre des murs en nuances de gris au noir, on voyage d’expérimentations et expérimentations, d’inspirations en inspirations, dans un univers de clichés noirs et blancs ciselés et oniriques. La conclusion de l’exposition tourne la page de cette partie longuement occultée du travail de Man Ray, qui s’interrompt quand il quitte Paris, en 1939 et avec laquelle il ne renouera pas.

Noire et Blanche, 1926

L’exposition est  programmée du 23 septembre 2020 au 17 janvier 2021. En attendant sa réouverture prochaine, rendez-vous sur le site du Musée du Luxembourg pour en savoir plus.

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